jeudi 18 mars 2010

Les jours heureux

Publié en mars 1944 sous le titre « Les Jours heureux », le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) annonçait un ensemble ambitieux de réformes économiques et sociales, auquel le fameux « modèle social français » doit tout, notamment la Sécurité sociale, les retraites par répartition et la liberté de la presse. Or, depuis son élection, Nicolas Sarkozy s'applique à démanteler ce programme, comme s'en réjouissait en 2007 Denis Kessler, l'un des idéologues du Medef
Le programme du gouvernement est clair, il s'agit de défaire méthodiquement le programme du CNR.
D'où la contre-offensive de l'association « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui », une association appuyée par d'anciens résistants comme Stéphane Hessel ou Raymond Aubrac, et créée par ceux qui ont réagi dès mai 2007 à l'imposture sarkozyenne. En republiant ce texte fondateur exemplaire par sa concision, ils ont choisi de le compléter par une série d'articles sur son histoire et son actualité, expliquant d'abord comment il fut conçu puis mis en œuvre après la Libération. Puis comment, dès les années 1990, mais surtout depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, cet édifice a fait l'objet d'une démolition en règle. En évoquant la mobilisation citoyenne qu'ils ont initiée, ils révèlent la puissance du discours d'hier pour nourrir les résistances d'aujourd'hui.

A l'heure où l'on glorifie l'époque héroïque de la seconde guerre mondiale, et où l'on place en France la résistance comme la Shoah au niveau du sacré, le rappel historique de la vision que portaient ces gens dans leur lutte contre les fascistes ne cadre pas avec la façon dont il est convenu de dépeindre le monde. Leur discours, exprimé de nos jours, se voit classé "extrême gauche".

Extrême. Un qualificatif disqualificatif, autosuffisant. Extrême. Les résistants furent des extrémistes. Extrême par rapport à quoi ? Extrême. C'est comme s'il y avait "barbare" caché dedans. Ou "déraisonnable". Ou encore "fou". Les extrémistes ce sont des fous, des imbéciles, ce sont les gens qui manquent de civilisation, qui réagissent comme des sauvages, comme des animaux, avec leur instinct. Ce sont des bêtes féroces, des monstres. Ils sont dangereux, il faut les éviter, les moquer et les neutraliser. Il y a tout cela dans "extrême". Et qui met la balle au centre ? Qui décide où se situe le point zéro ? La référence à partir de laquelle s'égrènera la raison graduée ? Qui trace la ligne qui sur ce quadrillage sépare le raisonnable de l'insensé, le "débattable" du risible ? Qui ? Et sur quelle base ?

On glorifie la résistance en en faisant un nationalisme qu'elle n'était pas. On oublie de dire que les idées et les motivations des résistants ont pris corps à travers le CNR et son programme. On oublie d'en énoncer le contenu et l'intention. On en gomme l'esprit. Mais le temps n'a rien déformé : les principes sont limpides et le positions qui en découlent dans le monde actuel sont évidentes. Il y a même des survivants pour nous le rappeler. Résister c'est créer, créer c'est résister.

« Les Jours heureux », en librairie dans les jours qui viennent.

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