mercredi 22 octobre 2008

Sans casque ni bouclier

Ce témoignage a été tourné à la suite d’une rencontre. Lors d’une de ces conférences sur la politique sécuritaire et ses dérives. Vers la fin, un homme s’est levé. Il a déclaré qu’il venait de quitter la police, que la plupart des dérives que l’on venait d’évoquer n’était pas le fruit du hasard mais bien le résultat d’une politique élaborée au plus au niveau et transmise, ensuite, de manière pyramidale à travers la hiérarchie policière. Il avait réussi à s’en sortir, au prix d’un changement de carrière complet, là où la plupart de ses collègues avait fini par plier l’échine ou par « craquer ». Des mois, des années de lutte, pour ne pas se faire broyer administrativement et humainement par un système d’autant plus puissant qu’il a quasiment éliminé toutes formes de contestation en son sein. Le site : regarde à vue


La tolérance zéro stimule la délinquance d'Etat

A l'heure où la fronde grossit à l'encontre de Rachida Dati et de la politique du tout répressif il convient de rappeler quelques réalités

30% des détenus sont en fait des prévenus, présumés innocents. Effectivement, 60% de ces derniers sont innocentés.

De tels séjours en prison donnent régulièrement droit à des drames, tellement les conditions de détention sont épouvantables (les pires de l'Europe selon l'ONU). Innocents violés, blessés, violentés... suicides en série, notamment chez les mineurs.

On ne s'émeut pas de ces victimes-là, qui ne valent pourtant par moins que celles dont les agresseurs sont en prison, à juste titre, eux. Les indemnisations sont ridiculement basses, mais il faut dire que leur montant est décidé par le coupable lui-même...

Pourtant, la majorité des prévenus pourraient sans risque être placés sous contrôle judiciaire, ou sous bracelet électronique

C'est même ce que prévoit la loi, qui précise que le placement en détention d'un citoyen présumé innocent ne peut être effectué qu'à titre exceptionnel. Cet exceptionnel est pourtant devenu la règle. Jusqu'à l'extrême ces dernières années. Alors même que le taux d'occupation des prisons françaises dépasse en moyenne les 120%, les détentions injustifiées ont augmentées de 77% entre 2004 et 2007.

Ainsi si l'on comptait 491 demandes de réparation en 2004, on en dénombre 645 en 2007. 645 personnes, pour l'immense majorité d'entre-eux, traumatisées à vie et pourtant innocentes.

Où l'on voit que la "tolérance zéro" envers les délinquants accroit considérablement le nombre de cas où l'Etat lui-même agit en délinquant. Est-ce un paradoxe ?


L'amiante, un cas d'école

Pourquoi s'inquiéter des dangers du téléphone portable, des poisons dans l'alimentation (pesticides, herbicides, conservateurs, goûts synthétiques ; par ailleurs neurotoxiques ou cancérigènes), du chrome qui fait briller les bottes à la mode, des produits dangereux dans les peintures, les plastiques, les cosmétiques, les produits d'entretiens ménagers... ?

Oui, pourquoi, puisque quoiqu'il arrive, ceux qui profitent (en connaissance de cause) des bénéfices que ce genre de petit commerce ne sont pas inquiétés, pas sérieusement en tout cas

Le Canard Enchaîné, nous apprend ainsi que le directeur de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, le colonel Thierry Bourret, recommande, dans un courriel daté du 11 avril dernier, à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui instruit un dossier de 20 plaintes relatives à l'amiante, de renoncer aux perquisitions et d'abandonner un traitement de la question sur le plan pénal. Cela permettrait selon lui d'alléger la charge de travail des collègues. Voilà une proposition qui tombe bien, car la juge est confrontée à un cruel manque de moyens pour accomplir sa tâche.

Toujours selon le colonel Thierry Bourret, les dizaines de milliers de décès passés et à venir sont à mettre sur le compte de l'ignorance des méfaits de l'amiante... La même ignorance qui prévaut aujourd'hui sur d'autres questions.

Jean-François Julliard rappelle cependant dans son article que les dangers mortels de l'amiante sont connus en France depuis 1906 ; que ses victimes sont indemnisées par la sécu depuis 1946 ; que de nombreux médecins du travail cachaient à leurs patients le développement de calcifications et de plaques pleurales ; que les industriels s'étaient organisés en lobby pour promouvoir l'amiante "inoffensive" et retarder le plus possible l'établissement d'une réglementation ; qu'il a fallu attendre 1997 pour qu'une interdiction entre en vigueur ; et 2005 pour que s'ouvrent les premières enquêtes judiciaires... L'histoire s'arrêtera peut-être à ce stade, puisque les pouvoirs publics semblent rechercher la clémence sur ce dossier. Voilà une tolérance qui tranche avec les peines planchers, rétentions de sûreté, loi de prévention de la délinquance et autres mesures répressives à destination du menu fretin.


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