Reproduction de l'éditorial de Jean-Noël Montagné qui présente dans ce texte bien ficelé le premier opus du festival Estive Numérique. Autogestion, solutions locales, technique au service de l'homme, convivalité. Un programme passionnant, et riche de projets innovants.
En plein développement, les hacks labs sont des regroupements d'individus d'horizons divers, qui coopèrent dans le but de réaliser leurs projets et de repousser les limites de ce qui est communément admis comme "faisable" ou pas. Généralement autogérés, fonctionnant que le base de la récupération de matériel et de la mise en commun des ressources, ces lieux favorisent la rencontre, la créativité et l'innovation. Les hacks labs existent depuis longtemps en Occident mais la France faisait figure de parents pauvre jusqu'en 2007 lorsque le premier lab, nommé /tmp/lab ouvrait à Vitry-sur-Seine. Ecoutez la conférence de l'un de ses fondateurs, Philippe Langlois. C'est instructif, espiègle, amusant et rempli d'anecdotes croustillantes. C'était au CNAM, jeudi dernier.
Première partie :
Seconde partie :
Lu dans un hack lab
Première règle : ne rien faire de stupide qui oblige à créer une seconde règle
Je vous propose maintenant de découvrir le projet RepRap porté notamment par Alexandre Korber et Vanessa Brunet. C'est enthousiasmant !
Nous allons finir notre descente du général au particulier. Après avoir étudié l'émergence de mouvements anarchistes à l'échelle d'un pays, d'une région et d'une commune, voici aujourd'hui un portrait. Un portrait vivant, très drôle, original et intéressant d'un certain Lucio : braqueur, faussaire, anarchiste... et maçon. Un personnage haut en couleurs qui a entreprit de couler le système bancaire international pendant les années 70. Sa méthode a été si maline qu'il a discuté d'égal à égal avec les banques les plus puissantes de la planète. Poursuivant son idéal révolutionnaire, Lucio ne s'est jamais enrichi personnellement alors qu'il aurait pu le faire facilement. Ce film est mené tambour battant, comme un polar, la réalisation est exemplaire. Voici Lucio, un film de Aitor Arregi et Jose Mai Goenaga. C'est un film est rare, que nous ne trouverez nulle part ailleurs sur internet.
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Après un pays, puis une région, voici un autre exemple d'autogestion à l'échelle d'une commune. Spezzano Albanese est une petite ville de 7 000 habitants en Calabre, au sud de l’Italie. Dans cette ville, marqué par une présence anarchiste importante depuis les années soixante-dix, des militants libertaires ont impulsé et animent, depuis le début des années 1990, une Fédération municipale de base (FMB). Il s'agit d'une structure horizontale à l’échelle de la commune, composée de comités de quartier, d’unions professionnelles et d’assemblées générales. La FMB est auto-organisée et autogérée par les habitants. Elle est devenue un véritable contre-pouvoir, avec lequel les élus sont obligés de composer.
La FMB s'emploie tout à la fois à dénoncer les magouilles du pouvoir municipal, des spéculateurs, des entrepreneurs ; et à proposer des projets alternatifs dont tous les habitants peuvent profiter.
Ce petit film de 35 minutes, tourné durant l’été 2002, raconte cette histoire à travers des rencontres avec quelques militants et sympathisants. "Spezzano Albanese", un film de Guillaume Burnod et David Rappe.
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Après un film sur la Catalogne pendant la guerre d'Espagne, je vous propose cette semaine de poursuivre l'exploration des expériences anarchistes au XXème siècle. Un peu plus tôt, au tout début du siècle, l'Ukraine a connu un vaste mouvement autogestionnaire, au sein du monde paysan, en réaction à la répression tsariste, et indépendamment de la révolution "rouge". De 1906 à 1923, Nestor Makhno, paysan charismatique, toujours considéré par de nombreux Ukrainiens comme leur "patriarche", a été la figure emblématique de l'émancipation d'une région entière, chaque village prenant ainsi en main son destin de façon démocratique. Après l'Espagne anarchiste de 1936, c'est, à ma connaissance, l'expérience la plus vaste de passage à l'acte autogestionnaire. Comme à chaque fois, répression réactionnaire et trahison gauchiste seront au programme. Le mouvement sera écrasé. Nestor Makhno, un film de Hélène Chatelain.
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Prenons un grand bol d'air frais après cette série déprimante (mais instructive) de films qui ont décortiqué pour nous la montée du néolibéralisme dans les années 90... Reprenons le cycle autour de l'autogestion, qui par une glissade nous avait amené à parler de son contraire. J'aime bien mettre un pied à gauche, un pied à droite, le contraste souligne à quel point sont profondes les différentes façons de concevoir le monde et de vivre ensemble. L'égoïsme et la cupidité qui règnent sur le monde capitaliste comme une norme parviennent parfois à réveiller les peuples, piqués par la souffrance même qu'ils se sont vu infligés. Les seules révolutions qui n'ont pas été manipulées par un classe puissante à l'assaut du pouvoir sont les révolutions libertaires. C'est aussi pour cette raison qu'elles ont toutes été écrasées, cible d'une union sacrée où subrepticement tous les pouvoirs ont dévoilé leurs racines communes. Ainsi la plus belle et la plus vaste des expériences libertaires a vu se lever contre elle toutes les autres forces européennes pourtant ennemies en surface : les fascistes, le communistes et les républicains. Les anarchistes avaient aboli l'argent, collectivité les moyens de production et organisé le pays entier en autogestion (exploitations agricoles, entreprises, communes, régions...). Chacun pouvait manger à sa faim, les tramways circulaient à Barcelone, et les milices parvenaient même à tenir têtes aux troupes de Franco sur le front de l'Aragon avec des fusils de 1914. Voici Vivre l'Utopie, un film de Juan Gamero. Un incontournable, comme on dit.
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A la suite de cette intervention en direct ce soir sur le plateau de l'émission de France 2 "L'objet du scandale", ce mouvement va peut-être gagner en visibilité.
J'ai l'impression que le nombre de personnes qui s'insurgent, qui refusent, qui dénoncent, ne fait qu'augmenter ces temps-ci. L'enjeu, évidemment, se trouve dans la capacité de ces mouvements à se fédérer.
Il se trouve aussi dans l'information : il est crucial que la population comprenne le monde dans lequel nous vivons. Tous les mouvements libertaires qui ont réussi (Espagne 1936, Spezzano en Italie, les LIP, Nestor Makhno en Ukraine etc.) se sont construits sur des décennies. Les gens faisaient circuler l'information, publiaient une myriade de petits journaux locaux, débattaient, auscultaient le pouvoir, imaginaient d'autres formes d'organisation... Il a fallu que la population s'éduque par elle-même, pendant de longues périodes, pour parvenir, de la même manière, à passer à l'action.
Ces soulèvements libertaires sont les seuls de l'Histoire, à ma connaissance, à n'être pas manipulés par une classe puissante à l'assaut du pouvoir. Cela explique leur écrasement systématique : à chaque fois tous les pouvoirs se sont ligués. Toutes ces expériences ont été des succès éclatants en interne sur de courtes périodes. Mais aucune n'a pu exister assez longtemps pour voir naître les problèmes inévitables de toute aventure humaine, et pour que l'on puisse savoir comment elle aurait géré.
Frédéric Lordon devrait être payé par l'Etat. Son travail est un vrai service public à lui tout seul. Il est pédagogique, clair, il permet à n'importe qui de comprendre le fonctionnement du monde économique.
Nous avons tous plus ou moins accepté l'idée que l'économie revêtait un fonctionnement d'une telle complexité qu'il nous était impossible de le comprendre et d'en dégager une image générale, une compréhension globale qui soit fiable. Cela semble légitimement réservé à des spécialistes. Nous perdons ainsi non seulement le contrôle mais la compréhension du moteur qui sert à répartir l'argent, les richesses et le travail dans nos sociétés et maintenant sur le globe tout entier.
Cette situation, pourtant très peu fidèle aux idéaux démocratiques, ne semble pas gêner le monde politique, qui n'entreprend aucun effort de vulgarisation, et qui surtout ne tente rien qui puisse réintégrer la population dans une machine qui décide de leurs vies dans une large mesure.
C'est le travail que fait Frédéric Lordon. Economiste vulgarisateur, au langage imagé et vivant, il est résolument engagé dans la mise à jour des mécanismes qui assurent l'appropriation des richesses de toute la planète par une minuscule minorité.
Cerise sur le gâteau, notre économiste par ses analyses et ses réflexions, redécouvre l'autogestion et le mutualisme
J'avais déjà relayé sa précédente intervention dans l'émission de Daniel Mermet, je vous propose aujourd'hui d'écouter ses éclairages sur la situation présente.
Après la SDAB en Bretagne, les LIP dans les France des années 70 ce troisième documentaire permet de continuer à filer la thématique passionnante de l'autogestion. On monte encore d'un cran dans l'ampleur de l'expérience. Nous partons en Argentine, de nos jours. Suite à la crise de 2001, largement créée par les deux mandats du néolibéral Carlos Menem (nous y reviendrons la semaine prochaine), de nombreux travailleurs ont pris de contrôle de leur usine, pour en empêcher la fermeture et garder leur emploi. On estime qu'ils sont aujourd'hui 50 000 à travers le pays à vivre ainsi. Ils doivent se battre avec les juges pour que leurs collectifs obtiennent la propriété des moyens de productions, appelés légalement à être bradés dans un processus de liquidation. Voici "The Take" ("La Prise" de pouvoir, de contrôle) de Naomi Klein.
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LE DOC DE LA SEMAINE >>> Une fois par semaine, je vais mettre en ligne ici un documentaire que j'estime de qualité.
Pour commencer, je vous propose ce film qui retrace l'aventure des ouvriers de l'usine d'horlogerie LIP en 1973, qui à la suite d'une grève en réaction à l'annonce de la fermeture de l'usine, kidnappèrent la direction, puis la relâchèrent sous la pression de la police. Laissés seuls, ils s'auto-organisèrent, et petit à petit, mirent en place un véritable processus d'autogestion, en redémarrant la production des montres et en les vendant sur place... Une histoire racontée avec passion. On ne s'ennuie pas une seconde ! Un film de Christian Rouaud.
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Bookchin est le fondateur de l'écologie sociale, une école de pensée qui propose une nouvelle vision politique et philosophique du rapport entre l'homme et son environnement. Il a notamment théorisé le municipalisme libertaire, un mode de fonctionnement qui propose de remplacer l'Etat par une confédération de communes libres. Libres, notamment, de tisser chacune un lien particulier avec leur environnement et sa configuration propre.
Cette organisation en SCOP est une sorte de mi-chemin entre l'entreprise traditionnelle et la réelle autogestion. Une expérience intéressante. Le reportage de Zone Interdite en intégralité.
En Argentine il y a 50 000 travailleurs dans plus de 400 coopératives qui travaillent en usines et en entreprises, sans patron. Une grande partie de ces entreprises ont été récupérées, ou prises et occupées par leurs propres travailleurs.