Envoyé spécial a diffusé ce soir un reportage sur le chef cuisiner
Alain Passard, qui alimente les tables exceptionnelles de son restaurant "L'Arpège" à partir de trois potagers qu'il possède. Aucun produit chimique, désherbage à la main, créations culinaires intuitives, où le chef voit une harmonie de toute chose dans toute chose, où la beauté d'un bouquet de légumes fraichement cueillis engendre par ses couleurs et par ses courbures mêmes l'harmonie du goût... On sent chez cet homme une vision profonde, il répète que les légumes sont vivants, qu'il faut les sentir, les aimer et les écouter...
J'aime cette beauté, et je l'aime d'autant plus qu'elle révèle un angle mort de notre civilisation, angle mort bien vu par
Jean-Christophe Ruffin dans
Globalia, lorsqu'il fait découvrir à ses lecteurs que le chef du gouvernement mondial fait partie d'une toute petite élite, dont les membres sont les derniers individus à profiter du plaisir d'un petit jardin, de légumes frais, et d'une cuisine préparée "à l'ancienne". Pourtant ce sont les mêmes hommes qui tiennent les rennes d'un monde où tout cela a disparu au profit d'une modernité froide et insipide.
Retour dans le présent : à 360€ le menu du soir, qui peut s'offrir le bonheur d'un dîner à l'Arpège ? Réponse (pour partie) : les architectes de l'agriculture industrielle, les défenseurs des rendements à deux chiffres, les promoteurs de la pétrochimie, et les idéologues du libre-échange...
"Nous vivons dans les quelques enclaves qu'épargne le monde que nous bâtissons"