jeudi 10 juin 2010

Le FMI attaque l'Europe

Le FMI ne tarit pas de critiques envers l'Europe. Laxiste, dépensière, il est temps de la "réformer". Entendez par là baisser les prestations sociales, privatiser les services publics, démanteler le droit du travail. Les Etats-Unis qui pilotent le FMI et le milieu des affaires qui est aux commandes de l'économie pressent l'Europe de se dépouiller au plus vite de ses protections sociales. Que signifie l'arrivée du FMI sur la scène européenne ? Quel sont ses résultats passés ? Quel rôle jouent les Etats-Unis dans ce processus ? Eléments de réponse.

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jeudi 3 juin 2010

Autopsie d'un fiasco ?

En dehors du fait que cette expression toute faite ait servi à presque tous les sujets, Libération, qui l'utilisait hier ("Israël : Autopsie d'un fiasco"), se trompe à mon avis complètement. Les réactions internationales auxquelles on assiste étaient totalement prévisibles, et il me semble logique de croire qu'Israël a soigneusement pesé et calculé son acte avant de le commettre.

L'Etat hébreu aurait certes pu bloquer le bateau en brisant ses hélices, ou en tendant des filets, en capturant sans blesser personnes les militants à leur arrivée dans les eaux territoriales. Ce genre de mésaventure n'aurait certainement pas découragé d'autres équipées de Retenter le coup en perfectionnant la technique. Je pense qu'Israël a fait volontairement preuve de sauvagerie pour dissuader quiconque de réitérer l'expérience.

Il s'agit probablement d'une stratégie qui consiste à accepter les récriminations internationales le temps qu'elles s'expriment, puis qu'elles disparaissent. On connait la puissance de l'amnésie médiatique : qui se rappelle encore qu'Haïti est de fait sous occupation militaire depuis le tremblement de terre de janvier dernier ? Qui interroge la superpuissance les raisons de ce déploiement ? Qui suit encore ce sujet ?

Tant que les Etats-Unis continuent de soutenir Israël, ce dernier peut continuer d'agir comme bon lui semble en tout impunité, y compris d'assassiner des militants pacifistes, ou de capturer et enlever des individus dans les eaux internationales pour en faire des otages ou les mettre dans des prisons secrètes, ce que fait régulièrement Israël selon Noam Chomsky. Autopsie d'un fiasco ? Certainement pas. L'opération, du point de vue israélien, s'apparentera à un succès tant que personne n'osera retenter le coup...

Par ailleurs, j'aimerais bien savoir pour quelle raison la France s'est abstenue aujourd'hui lors du vote de l'ONU sur la mise en place d'une enquête internationale.

Il est probable que Monsieur Sarkozy, joignant l'acte à la parole, renforce sa position de vassal des Etats-Unis, aux antipodes des conceptions gaullistes.

mardi 18 mai 2010

Comment fabriquer des erreurs judiciaires

La nouvelle loi sur le bandes a donné lieu à une première comparution immédiate de deux jeunes de 19 et 20 ans interpellés préventivement parce qu'ils étaient soupçonnés de se rendre à une rixe entre bandes rivales, organisée à La Défense. Ils ont été arrêtés en gare de Houilles-Carrières. Ils n'ont commis aucun délit, sauf celui d'avoir eu l'intention d'en commettre un, ce que sanctionne cette nouvelle disposition répressive, qui les accuse d'avoir
participé sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violence volontaire contre des personnes ou de dégradations de biens
Donc si vous vous rendez à un pique nique (vous avez un couteau dans votre sac) le jour où un autre groupe est soupçonné de préparer une bagarre, et que vous vous trouvez dans le même wagon, vous risquez jusqu'à un an de prison et 15 000 euros d'amende, sans avoir rien fait. Une porte grande ouverte sur l'erreur judiciaire, qui risque de n'avoir aucun impact dissuasif, tant le problème visé ne peut être contenu de cette manière, comme le prouve l'empilement de lois de plus en plus répressives depuis 2004 sans aucun résultat sur la délinquance, toute manipulation de statistiques mise à part. (Voir aussi cet article et cette démonstration)

C'est pour ce genre de "faits" (notamment la possession d'un couteau de 7cm) que les deux jeunes ont été inculpés. Si par dessus le marché vous portez un sweat à capuche, votre défense risque d'être peu crédible. La loi permet donc à l'Etat d'intimider tout citoyen sur de simples présomptions. Si cela n'est pas une atteinte grave aux principes et à l'esprit de la démocratie, je ne vois pas dans quel ailleurs peut se situer cette limite. Je ne vois plus aucun argument qui empêche de continuer à repousser les garde-fous qui protègent de l'arbitraire. Cette ligne forte et essentielle, qui a été dépassé une première fois avec la loi portant sur la rétention de sûreté, nous emmène lentement mais continuellement vers l'abandon de nos droits.

Par ailleurs, on apprend dans le même article, publié aujourd'hui dans Le Monde que certains jeunes étaient armés de Taser, un pistolet électrique capable d'administrer à distance une décharge de 50 000 volts, ce qui paralyse l'adversaire, et peut avoir de graves conséquences sur la santé, notamment sur le cœur. Un effet pervers que j'avais prédit, à l'époque de l'autorisation délivrée par l'Etat pour ce genre d'arme (en les classifiant abusivement dans une catégorie autorisant la vente au public).

Source : Le Monde

mercredi 28 avril 2010

Les mutants parlent aux mutants

L'industrie des OGM se présente comme une industrie de pointe. Cela est mensonger, son savoir est extrêmement limité sur le fonctionnement du génome. L'élaboration de plantes génétiquement modifiées relève du jeu de l'apprenti sorcier.

En effet les industriels se contentent d'introduire un gène codant pour une protéine donnée (jouant un rôle d'insecticide par exemple) au hasard dans le génome. Pour cela ils bombardent la cellule de billes de tungstène enrobées du brin d'ADN à transférer, puis ils laissent la culture se reproduire. Une grande quantité de cellules est nécessaire car toutes ne sont pas viables. Celles qui se développent, qui ne sont pas malades, et qui ont intégré le gène sont mises en culture et constituent une nouvelle variété OGM.

Notons au passage que pour distinguer les cellules OGM des autres, on rend les cellules OGM résistantes à un antibiotique, et on répand cet antibiotique dans la culture, de sorte que seules les résistantes se développent. Quand on sait la grande mobilité des gènes dans tout le règne du vivant, notamment grâce aux travaux du Pr. Luis Villareal sur les rétrovirus, on ne peut que désapprouver le fait de répandre volontairement dans la nature des gènes de résistance aux antibiotiques.

Notre science ignore pratiquement tout des conséquences possibles de telles manipulations, car elle ne comprend que très superficiellement le fonctionnement du code génétique dans un organisme vivant.

Tous les gènes sont en interaction, ils constituent un ensemble interdépendant, aussi complexe que la météo ou le fonctionnement du cerveau. Certaines études montrent que des conditions extérieures (comme une famine ou le fait d'avoir été esclave par exemple) peuvent s'inscrire dans le code génétique et influer sur les générations futures (les petits enfants sont diabétiques ou plus petits en taille pour ces deux exemples). L'étude de ces phénomènes est l'épigénétique.

La nature de ce procédé nous échappe. Seules des études statistiques mettent le phénomène en évidence. Nous ignorons également tout des "introns", ces segments répétitifs de l'ADN qui sont repliés et ne codent pas, mais qui semblent répondre à une logique. Certains comparent ses séquences à une sorte de "langage" avec ses mots, qui se répètent, et ses règles grammaticales qui structurent l'ensemble. En outre des rapports harmoniques et fractals semblent relier de grandes portions de l'ADN. Les introns sont officiellement inutiles mais ils constituent 95% de notre code génétique. Encore une fois, cela donne la mesure de notre ignorance.

Le génome semble répondre à un ordre profond et complexe dont nous n'avons pas percé les premiers mystères. La très médiatique aventure du séquençage du génome humain, par exemple, achevé en 2003, n'a amené que des questions, et aucune application pratique pour le moment. On n'en entend plus parler.

Voilà pourquoi l'assurance techniciste affichée par les semenciers est une imposture. Leur technique est très rudimentaire, dangereuse, inutile et joue sur des mécanismes que nous ne comprenons pas. Ce qui est quasiment certain, en revanche, c'est que la transgenèse telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui viole les équilibres naturels, au même titre que les diverses pollutions de notre ère industrielle, mais à un autre niveau, un niveau probablement plus profond.

Ce petit éclairage vous permettra de mieux comprendre les résultats de cette étude russe commentés par Mediapart et reproduit dans ce billet.

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jeudi 22 avril 2010

Une définition lucide du journalisme

Dans sa profession de foi, le journalisme est une recherche de la vérité, fondée sur les faits, sans a priori, et sans parti pris. Dans son exercice il est généralement la chronique de l'écume, le relai des versions officielles.

Nous savons que tous les pouvoirs avancent masqués, par définition. Aussi le rôle du journalisme, tel que le présente son propre idéal, devrait être l'exhumation et la publicité du dessous de cartes, quel qu'il soit.

Aujourd'hui, à l'occasion d'une discussion avec une journaliste de TV5, je découvris que l'existence même d'un possible "dessous des cartes" n'allait pas de soi pour elle. La simple idée que des forces autres que celles décrites par la chronique des JT puisse agir lui paraissait douteuse. Dans son esprit, il devait probablement s'agir d'une "théorie du complot", c'est à dire d'une évidente mystification.

Pourtant je n'avançais aucune théorie. Au sujet de la nouvelle crise belge survenue aujourd'hui suite à la démission du gouvernement, je la questionnais sur le dessous des cartes. Qui cherche à faire exploser la Belgique et pourquoi ? Cette simple question lui paraissait incongrue. Les réponses étaient nécessairement dans le JT : richesse des flamands, pauvreté des wallons, rivalité des populations. Mais cette explication me semblait simpliste. Sans connaitre le sujet, il me semblait qu'une enquête approfondie serait justifiée : pourquoi le problème surgit-il en ce moment, quelles forces agissent pour le maintenir en vie, des campagnes d'opinion ont-elles monté les populations les unes contre les autres, pourquoi l'ancien premier ministre, pourtant le seul à réunir un consensus, a-t-il été envoyé en Europe malgré la fragilité du pays etc. ? Il arrive souvent qu'un tel problème soit monté en épingle en raison de calculs politiques, économiques ou géostratégiques. Presque toutes les affaires importantes ont un dessous des cartes. Mais poser de telles questions, en soi, paraît déjà suspect, c'est décalé. Ce qui n'est pas suspect c'est d'accepter les explications officielles sans les vérifier.

Ce réflexe de pensée est parfaitement neutralisant. Si l'on part du présupposé que tout est sur la table, le journalisme s'en retrouve désarmé, il est fait propagande. Nul n'est besoin pour lui d'enquêter ou de remettre en cause, puisque rien n'est caché.

Le nombre de journalistes "répétiteurs" étant largement supérieur au nombre de journalistes "créateurs", il devient extrêmement aisé de sécréter une vision de l'Histoire sur mesure. Pour preuve, on pourrait pointer, par exemple, l'immense poids des agences de relations publiques, à la fois conçues pour mentir, et première source d'information pour la presse.

samedi 3 avril 2010

La bourse de l'intérêt individuel

Le monde capitaliste est en train d'inventer un système innovant, qui va permettre de mettre un coup d'arrêt à une injustice quotidienne que nous vivons tous dans les relations humaines. Combien de fois vous êtes vous retrouvé bloqué par un imbécile qui fait tout pour déverser sur vous des propos abscons ou stupides? Vous perdez votre temps, et quel que soit la finesse et l'intelligence avec laquelle vous parvenez à répondre à l'ignorant, vous n'y gagnez rien. Cela n'est pas juste. Il faut faire quelque chose. C'est en partant de ce constat qu'une start-up, financée par Lagardère a travaillé sur un système électronique de rétribution des interactions sociales (SERIS). Grâce aux nouvelles technologies sans fil, il sera bientôt possible de tirer profit de votre perspicacité. Un organisme indépendant actuellement en formation, l'AEDI (Autorité d'évaluation du degré d'intelligence) sera chargée d'attribuer une note, évolutive, à chaque possesseur de téléphone portable. Toutes les conversations devront transiter d'ici 2014 par un centre d'analyse entièrement électronique et garantissant votre anonymat. Aussitôt évalués, vos propos seront notés pour leur pertinence, la conversation effacée et la note ajoutée de façon à corriger votre moyenne. Différents systèmes permettant de repérer les fraudeurs sont déjà en test (comparaison avec des textes littéraires (des négociations sont en cours avec Google), recherche d'une redondance par rapport à d'autres conversations dans le champ social de l'abonné etc...). Les premiers résultats semblent concluants et ce système, qui sera facultatif dans un premier temps, devrait faire son apparition d'ici 2020. On envisage à terme l'implantation d'un microphone et d'un émetteur dans une puce sous-cutanée pour intégrer toutes les discussions, même hors téléphonie.

Outre le fait qu'une discussion pourra donner lieu à rémunération, et donc dédommager les intelligents du temps qu'ils passent avec les imbéciles, on espère que ce procédé, en mettant les individus en concurrence, pousse tout un chacun à se cultiver, à réfléchir, à élever son niveau intellectuel. Une société plus intelligente et plus éduquée devrait ainsi voir le jour de façon spontanée. Les plus intelligents, si leurs revenus sont suffisants pourront cesser de travailler pour se consacrer à ce qu'ils font le mieux : parler ; tandis qu'ils seront protégés des imbéciles, qui éviteront de leur parler de peur que cela ne leur coûte trop cher. Certains viendront tenter un match de temps en temps, ce qui sera stimulant à la fois pour l'intellectuel et pour l'aspirant. Les relations sociales devraient rapidement s'autoréguler pour le bien de tous. Il devrait devenir plus fréquent de parler avec quelqu'un de votre niveau intellectuel, et plus rare de vous ennuyer lors d'une discussion.

A terme, on envisage de coter en bourse les individus en fonction de l'intérêt de leurs propos, ce qui permettra de parier sur l'évolution de leur notation, et de financier leur temps libre pour le bien de la collectivité en achetant leurs "actions personnelles".

mercredi 3 mars 2010

On a retrouvé le Roi Charzat !

Le bon roi Charzat, comme chacun sait, a été renversé en 2008 par ses anciens sujets, dans l'ingratitude et la forfaiture. Certaines rumeurs disent qu'un groupe de gauchistes anarchisants aurait par ses délires défrichants contribué à jeter l'opprobre et la calomnie sur la bienveillance sans limite du souverain désormais déchu.Trahi par les siens, renié par ses obligés, Michel Premier, Roi des Gambettes et des Vignolènes, s'en alla seul en exil dans les terres civilisées du Grand Ouest. Mais sa conscience n'était pas en paix. L'injustice du peuple à son endroit, l'insupportable volte-face de ses alliés, ses amis, presque ses frères, ne lui laissaient aucun instant de paix. Cet homme de droiture, épris de solidarité, comme il aimait à le répéter, ne parvenait pas à accepter le jeu infâme dont il avait fini par faire les frais. Après plusieurs années de souffrances et d'imploration, il décida qu'il était temps de rebondir, de réagir, de prendre les choses en main, bref, de redevenir le winner qu'il n'avait jamais cessé d'être, au fond. Fermement décidé à revenir sur la scène publique, poussé par une abnégation qui confine à la sainteté, se sacrifiant pour la cause publique et par amour pour son peuple, il prit rendez-vous chez le meilleur chirurgien esthétique du royaume, et ni vu ni connu, il se fit remouler la frimousse. Malgré ses hésitations, il fini par se laisser convaincre d'ajouter un petit détail à sa nouvelle élégance. Le magicien du scalpel qu'il avait choisi, véritable artiste de la refonte faciale, aux références inégalables (par exemple, il avait dans son jeune temps prouvé ses talents lors d'un voyage Outre-Atlantique, en opérant avec succès le grand Elvis Presley, que tout le monde croit mort depuis) lui expliqua que les petits détails ont plus d'importance que les grands traits, si le Roi Charzat acceptait de se laisser inoculer un léger défaut, comme un petit zozotement, par exemple, il était assuré de n'être jamais démasqué. Prêt à tout, le souverain déchu accepta. Il subit une longue opération et souffrit beaucoup, en passant des mois entiers enturbanné comme un sauvage dans des bandelettes de gaze. Lorsqu'il fut enfin libéré de sa prison en coton, il réapprit à bouger ses mâchoires, et ce fut un instant de grâce que même les sourds purent ressentir (surtout eux disent les mauvaises langues). Devant une assistance comme envoutée, le Roi Charzat demanda un pot de chambre à l'infirmière, faisant ainsi revivre son légendaire français châtier, qu'il maniait toujours avec cette dextérité emplie de finesse qui avait forgé sa réputation. C'est ainsi que repartant de rien, simple courtisan parmi les courtisans, il se fit passer pour l'oncle d'un noble éphèbe, revenu d'un long voyage dans les colonies, et gravit un à un tous les échelons du pouvoir, en ne comptant, comme d'habitude, que sur sa probité exceptionnelle. Depuis peu de temps, le Roi Charzat, sous un autre nom bien entendu, a retrouvé un bureau, un logo, et une cause à défendre. Il exhale toujours la même joie de vivre et la même intelligence, je suis fier de vous faire partager le Retour du Roi Charzat (sous couverture)! Sonnez, trompettes!


vendredi 12 février 2010

De jolis jouets pour les grands enfants



L'imagination humaine est sans limite. Les militaires, qui n'échappent pas à cette prodigieuse inventivité, transmettent toujours leurs meilleurs trucs à la police, qui voit rapidement le bénéfice qu'elle pourrait obtenir en termes de renseignement ou de répression. C'est tout cet univers à cheval entre le professeur tournesol et le docteur folamour qui s'expose pour partie au salon milpol (salon mondial de la sécurité intérieure des états). Ce billet suivi se propose de tenir à jour une description des principaux jouets en cours de déploiement, pour votre... sécurité.

Dernières mises à jour : Le Idrone V3 / Les drones Predator et leurs morts bien réels / Nouvelles vidéos de l'étudiant américain tasé / Le robot sentinelle armé autonome de Samsung / Big Dog / PetMan et LS3 / Une vidéo du LRAD en action




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samedi 7 novembre 2009

Le présent n'est pas très bien élevé

De la même manière que le héros populaire sera toujours plus aimable mort que vivant, il est également plus confortable de frémir à la mémoire des événements vieux de vingt ans. La redondante complainte des hommages (à l'Abbé Pierre, à Coluche, ou à Claude Levi-Strauss), ronronne calmement tant est grande l'assurance de leur silence éternel. A l'identique, on peut sans risque rejouer mille fois la chute du mur de Berlin, pour le seul plaisir de déguster une fois de plus ce moelleux consensus dont le goût nous est familier, et nous rassure. Non loin de là, pourtant, le présent vient jouer les trublions. Il n'avait pas été invité, on avait tout réglé sans lui. Le présent a toujours été impoli, n'a jamais su se tenir, n'a jamais respecté les règles, c'est toujours lui qui gâche la fête, si l'on y réfléchit bien.


lundi 2 novembre 2009

Le rationnel rationné

Il était une époque où l'on savait que l'Univers était vivant, que les planètes avaient une personnalité, qu'elles influaient sur nous ; il existent des civilisations qui savent que tout est sensible, une pierre, un liquide, un souffle, tout a une âme. La vie n'est pas plus douce dans ces ailleurs, mais elle est moins triste. Nous vivons dans un monde qui a tout dévitalisé, qui n'aborde pas scientifiquement ces questions sans l'intention de prouver qu'elles sont une forfaiture, et qui comme toujours, cache l'ignorance dans l'ombre de son arrogance.

jeudi 15 octobre 2009

Sublime laideur

Envoyé spécial a diffusé ce soir un reportage sur le chef cuisiner Alain Passard, qui alimente les tables exceptionnelles de son restaurant "L'Arpège" à partir de trois potagers qu'il possède. Aucun produit chimique, désherbage à la main, créations culinaires intuitives, où le chef voit une harmonie de toute chose dans toute chose, où la beauté d'un bouquet de légumes fraichement cueillis engendre par ses couleurs et par ses courbures mêmes l'harmonie du goût... On sent chez cet homme une vision profonde, il répète que les légumes sont vivants, qu'il faut les sentir, les aimer et les écouter...

J'aime cette beauté, et je l'aime d'autant plus qu'elle révèle un angle mort de notre civilisation, angle mort bien vu par Jean-Christophe Ruffin dans Globalia, lorsqu'il fait découvrir à ses lecteurs que le chef du gouvernement mondial fait partie d'une toute petite élite, dont les membres sont les derniers individus à profiter du plaisir d'un petit jardin, de légumes frais, et d'une cuisine préparée "à l'ancienne". Pourtant ce sont les mêmes hommes qui tiennent les rennes d'un monde où tout cela a disparu au profit d'une modernité froide et insipide.

Retour dans le présent : à 360€ le menu du soir, qui peut s'offrir le bonheur d'un dîner à l'Arpège ? Réponse (pour partie) : les architectes de l'agriculture industrielle, les défenseurs des rendements à deux chiffres, les promoteurs de la pétrochimie, et les idéologues du libre-échange...

"Nous vivons dans les quelques enclaves qu'épargne le monde que nous bâtissons"

vendredi 9 octobre 2009

Vive le néolibéralisme écologique !

L'atmosphère se réchauffe et c'est presque une bénédiction. Les bouleversements climatiques qui s'annoncent forcent le regard, on ne peux plus évacuer la question écologique. Les "activités humaines" ont pris l'ampleur des activités de la Terre, nous dialoguons maintenant, unis malgré nos divisions, d'Humanité à Planète. Et si novice que puisse être notre civilisation dans cet art ésotérique, il semble fort que les quelques signaux qui nous parviennent déclinent sur tous les canaux l'air du bouleversement. Le paysage, qui sous nos yeux se fait virage, chante sans joie ni peine l'ère des remises en questions. En guise de préambule, de première introspection, posons-nous cette question devenue omnisciente : "Comment en sommes-nous arrivés là, quelles sont les causes profondes de la crise écologique, pourquoi notre planète nous tance-t-elle ainsi ?". Plus loin : "Quelles sont les forces humaines qui nous ont mené et qui nous mènent encore à l'impasse ? Dans quelle mesure le système économique en est-il la transposition ? Pouvons-nous explorer d'autres manière de voir ?"

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lundi 5 octobre 2009

Déserter

J'y ai bien réfléchi. Si un jour, par malheur, un ordre de mobilisation générale vient frapper à la porte ; si d'une manière ou d'une autre, un pouvoir, quel qu'il soit, cherche à m'enrôler dans une guerre, je déserterai.

D'un point de vue égoïste et individuel, c'est certainement le choix du moindre malheur. Je risquerais l'exécution (mais la guerre me placera face au même risque), et si je parviens à m'évader du territoire national, ma punition sera l'exil, probablement sans retour. Si la guerre, pour sa part, décide de me laisser la vie sauve, elle prélèvera à coup sur sa dime, le traumatisme, la blessure invisible, mais irréversible. Il est bien plus probable de parvenir à mener une existence heureuse en désertant qu'en obéissant.

D'un point de vue plus élevé, les conclusions sont les mêmes. Aucune guerre n'aurait lieu si tous les humains menaient ce raisonnement, et, surtout, s'ils l'appliquaient. Les rivalités de deux gouvernements ne pourraient pas forcer deux peuples à se fracasser l'un contre l'autre. "S'il faut donner son sang, allez donner le votre" chantait Brassens à l'intention des dirigeants. Mais la désertion demande un courage immense ! Il est infiniment plus facile de suivre la masse, d'obéir aux ordres, de se fier à l'autorité, de croire aux phrases rassurantes ; et d'étouffer le cri venu des entrailles ; la peur, évidemment, mais peut-être aussi le sentiment mal défini de faire fausse route, de sombrer dans l'inconscience, d'aller contre nature. Tuer un homme n'est pas un acte naturel. C'est une violence pour celui qui tire, et l'un des rôles de l'armée consiste à déprogrammer le soldat. Non sans séquelles.

Le vrai courage et la dignité la plus intègre, comme souvent, passent par la désobéissance.

vendredi 14 août 2009

Ethnocentrisme et démocratie

Bien sûr, si vous parlez de démocratie aux africains, ils vous répondront tous qu'ils l'appellent de leurs vœux. Tout le monde veut la justice et la liberté. Mais en grattant un peu, il me semble que les choses ne sont pas aussi simples. Nombre d'africains expliquent que la démocratie ne leur convient pas du tout, et cela pour plusieurs raisons.

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jeudi 29 janvier 2009

Rien à dire

Je n'ai rien à dire sur l'Afrique, je ne peux pas écrire sur l'Afrique, car je ne connais rien de l'Afrique. Plus le temps se déroule, plus les jours se succèdent, plus je prends l'habitude, plus je vis comme ici, plus je vois la distance, plus je suis étranger. Ce n'est pas saisissable, ce n'est pas explicable.

Ce qui est étonnant c'est que l'on puisse se toucher sans se traverser. Que l'on puisse se voir, se sentir et s'entendre, il est là le miracle ! Que nos corps nous rassemblent, qu'ils nous forcent à nous voir, qu'il nous placent face à face, là voilà l'aventure !

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Ce Jardin-là

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